Les rayons de ce soleil de midi qui tombent droit devant moi m'éblouissent en glissant sur les dalles lisses de la rue Sainte-Catherine. Mon regard ainsi empli de lumière ne se retrouve que dans l'ombre de la massive arche de pierres, une porte, donnant sur la place de la Victoire. Mais à contrejour ce sont les soucis qui m'égarent — un repère est une ancre, il vous maintient solidement arrimé dans un présent qui n'est pas toujours assez long pour vous.
Lentement, en traînant les pieds, je me suis avancé dans le monde des responsabilités, où je sens peser sur moi, partout, à chaque pas, le spectre des choses à faire, et à refaire. Tout le paradoxe est contenu dans ce lieu, dans cette salle et ses ombres légères, ces tables à l'alignement strict, rectiligne, ce grand tableau noir et vide et ses quelques traits à la craie : nous cherchons à nous libérer l'esprit dans une prison. Mais au moins, le temps d'une heure, j'ai oublié.
Oublié que l'heure suivante j'allai y replonger. L'oubli. Ouvrez les écoutilles et emplissez-vous de lumière.