Segalen. Un de ces mots qui vous restent dans la bouche. Un de ces mots qui, encore frais sur notre langue, se paient le luxe de ressembler à d’autres mots familiers comme « Sega®-laine » ou encore « ces galets », n’assumant manifestement pas la place sur le strapontin qu’on leur propose.

Segalen a plusieurs visages. D’abord un visage de vieilles pierres chargées de souvenirs sur lesquelles des profils et des noms taillés en bas-relief. A croire que les noms portaient des gens trop vaniteux pour se contenter d’une gravure, et que les sculpteurs étaient trop paresseux pour se donner la peine d’en faire des statues.

Ironique que ces hommes de « chaire » finissent dans la pierre néanmoins…

Puis, inclus dans le majestueux du Segalen minéral, se cache le Segalen du mauvais goût : celui d’un homme (ou d’une femme ; le mauvais goût est la chose du monde la mieux partagée aurait dit Descartes) qui a trouvé à la fois judicieux et esthétique la pose d’un revêtement plastifié, une espèce de lino, d’un ton marbré verdâtre, aujourd’hui usé par la craie et gondolant ça et là. Dans cette salle Arnauzan, seules deux grandes portes en bois massif représentent le dernier bastion d’une esthétique d’antan que les Trente Glorieuses qui portaient l’intendant et l’agent d’entretien de l’époque avaient malheureusement occultée.

Tel un insecte, je me tourne vers la source de lumière : elle émane de la fenêtre sur la droite. Mais ce n’est pas une fenêtre… c’est un tétris ! Un tétris perdant qui plus est, et qui le restera tant qu’un ballon de foot bien placé n’aura pas forcé l’intendant aux doigts crochus à remplacer le carreau teinté brisé par un carreau transparent meilleur marché.

C’est une plume agressive qui gratte ce papier. L’environnement militaire et la luminosité timide et froide l’oppressent, alors elle se défend.