L’air est délicatement frais, juste ce qu’il faut pour ressentir le doux frisson d’une journée d’automne ensoleillée. Une salle de classe aux murs un peu décrépis, des traces d’affiches décollées, d’humidité, de poussière mal effacée. Tout est calme et seule la voix de l’intervenant rompt le silence. Les mots coulent, limpides, mais glissent sur mon esprit, ne s’arrêtent pas, ne réussissent pas à s’accrocher. Il faut être là, présent au monde qui m’entoure mais je n’y arrive plus. Tout dans cet endroit, de la cour à arcades par laquelle nous sommes entrés jusqu’à la lourde porte en bois, des fils électriques qui s’échappent des quatre coins du mur jusqu’à la vétusté de la salle de classe, tout me rappelle cet ailleurs qui n’est pas si lointain, cet ailleurs synonyme de vie différente. Cet ailleurs qui a été mon paradis. Et qui a disparu. Je sens les larmes qui montent et qu’il faut cacher, les larmes trop longtemps retenues et étouffées. Tout le monde est penché sur sa feuille, chacun livrant sa version de l’instant. J’espère que leurs mots auront plus de force, plus de joie. J’espère que leurs mots sont ceux de personnes ayant foi en l’avenir. Il y a peu de lumière. Pourtant, dehors le soleil est éclatant, éblouissant, assourdissant. Mais ici tout est sombre. Et ce clair-obscur m’envahit, se conforme à l’état de mon âme, à l’état de mon cœur et de mon corps. Je n’ose plus relever la tête pour m’imprégner de cet instant que je devrais décrire. Mon horizon se limite désormais au beige fade de la table, à la feuille de papier qui doucement se remplit et à quelques mèches de cheveux se perdant devant mon regard. Ce n’est qu’une salle de classe comme tant d’autres. A laquelle je n’avais pratiquement pas porté d’attention en entrant. Mais en s’arrêtant plus attentivement, elle me renvoie en pleine face des souvenirs insupportables. La langue sur les affiches criardes est juste différente. Juste moins chantante, plus connue, plus quotidienne. Juste un retour à la normale.