TRIBUNE : un cheveu sur la langue


Eplosion. Mercredi 17 novembre 2010, l’accord est enfin trouvé. Ce sera « éplosion ». Le moral des troupes est au plus bas, les pertes dans nos rangs se comptent par centaines. Par ci, par là des vides. Des régiments entiers ont succombé, arrachés avec une force impitoyable. Les camarades ont été inlassablement rabattus, ratatinés, écrasés. La guerre des mots a bien failli nous emporter.  On n’était qu’à une syllabe de l’implosion, il s’en est fallu d’un cheveu ! Puis, la tempête a cessé. Les mains sont rentrées dans les poches. Et nous, les cheveux, on a compté les survivants. Guère épique !

Un blog littéraire, voila toute l’affaire ! Il n’y a pas de quoi se faire des cheveux blancs. B-L-O-G. 4 petites lettres pour un sacré crêpage de chignon ! L’animation d’un atelier d’écriture pour boucles blondes est le dernier exemple du jeunisme qui ravage J. Il veut créer un blog à partir des trouvailles littéraires de quelques adolescents. C’est tiré par les cheveux ! Évidemment, lorsqu’il s’est agi de choisir un mot qui puisse à lui seul contenir le journal intime de 15 personnes différentes, le conflit a éclaté.

Tignasse indomptable, épis rebelles, boucles enjôleuses, séduction vénitienne… En comparaison, la cinquantaine semble aussi lisse et plate que l’ennuyant brushing de madame. Pourtant, aucun subterfuge contre l’inévitable signature de l’âge : ni bigouderie qui gonfle nos frères effilés, ni teintures qui défigurent nos valeureux vétérans. Encore moins de chauvinisme. J. s’intéresse à ce qui se passe dans sa tête plutôt que sur sa tête. Conséquences : quelques mèches rebelles ondulent courageusement devant le blond brillant des fillettes en mal d’écriture. Serrons les rangs et accrochons-nous. Jeunesse finit toujours par passer …   

289 mots

Cadrage du support :

Point de vue : celui des cheveux poivre et sel de l’écrivain dont le nombre est en diminution et qui s’inquiètent du regain d’activité de leur propriétaire, puisque ils sont régulièrement affectés depuis quelques années de pertes dans leurs rangs au moindre stress. L’écrivain n’étant pas très coquet, il ne prend pas soin de ces cheveux. Or la coupe à trous ne fait pas rêver les ménagères. Le principal ennemi des cheveux est la jeunesse au féminin, puisqu’une partie des moins de 25 ans trouve « attendrissant » le style épuré de la coiffure de J.

Le narrateur
: il est collectif : c’est un « nous, les cheveux ». Mais on suppose que c’est un cheveu plus vieux et plus fort qui parle au nom de ses camarades comme un syndicaliste communiste dans les années 60.

Type de récit
: c’est une tribune publiée dans un journal. Une sorte d’édito, un point de vue.

Ton
: le ton est revendicatif.

Cadre du récit
: le récit se fait au présent et est centré sur une anecdote. Il fait donc référence à un évènement proche et court.

Cadrage du contenu :

Personnages
:

- l’écrivain : J. quinquagénaire, est un écrivain torturé, romantique, très connu et brillant. Anti show biz il est très peu soigneux de son image, plutôt solitaire. Il ne sort de sa tanière que pour proposer un petit chef d’œuvre. Alors qu’il vient de passer le cap de la cinquantaine, il souffre d’un accès de jeunisme ». Conscient de l’engouement d’une frange de la population pour son style mystérieux, il décide de donner des cours d’écriture à ses lecteurs.
-  les cheveux : leur nombre est naturellement en diminution, mais ils s’inquiètent du regain d’activité de leur propriétaire, puisqu’ils sont régulièrement affectés par des pertes importantes dans leurs rangs au moindre stress. L’écrivain n’étant pas très coquet, il préfère ce qu’il se passe dans sa tête que sur sa tête, et il ne prend pas soin de ces cheveux. Le meilleur allié des cheveux reste l’éditeur qui rappelle régulièrement que la coupe à trous ne fait pas rêver les ménagères, leur principal ennemi est la jeunesse au féminin, puisqu’une partie des moins de 25 ans trouve « attendrissant » le style épuré de la coiffure de J.
- Les têtes blondes : les jolies jeunes filles de l’atelier d’écriture qui rêvent moins de connaitre l’envers du décor, qu’elles imaginent rempli de strass et de paillettes que de contribuer à l’ouvrage collectif pour lequel les sollicite J.

Le narrateur
: Les cheveux sont préoccupés par leur avenir : au lieu de mort naturelle, on assiste à un blanchissement précoce et un éparpillement non moins naturel provoqué par une montée de stress.

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