La petite salle était toute baignée d'un étrange clair-obscur. Il n'y avait nulle lumière au plafond; nul rayon de soleil : juste une timide lueur qui filtrait par les carreaux sales des grandes fenêtres. Les murs, le tableau, les chaises, tout me semblait si gris qu'aucune couleur vive ne voulait percer mon oeil de sa douceur. Le haut jaune aux fibres cotonneuses de ma voisine, juste sous mon nez, devenait terne et d'une couleur pataude sous cette ambiance blafarde.

A l'image de la pièce, mon pull noir d'ordinaire si confortable piquait mes bras nus, comme parcourus par les courses de centaines de fourmis de laine. Le silence s'était fait, seulement brisé par quelques rires étouffés deçà la grande porte de bois, quelques froissements de feuilles, grincements de stylos, éternuements, quintes de toux. Non, tout compte fait, le silence était parti depuis bien longtemps déjà; seul régnait ce léger bruitage lancinant aux accents de respirations étouffées et de cerveaux en création.

Tandis que les mots s'enfuyaient, je me mordillais l'intérieur de la lèvre, déjà amochée par quelques coups de dents agacés. Mes yeux fatigués rendaient la scène floue et mes lignes imprécises; mais mes lunettes restaient sagement sur mon bureau, car leur monture noire intransigeante semblait brider mon univers. La maladie qui depuis quelques temps déjà me taquinait m'assoupissait. J'en rêvais éveillée, de ce sommeil échappé. Cette pièce, ce pull, tout était à l'image de mon esprit désabusé : Triste, passif et malade.

Je ne pouvais m'y endormir, car cette pièce à l'air gris me renvoyait mes pensées désordonnées, au beau milieu de ce silence assourdissant.