La salle n'est pas aussi glorieuse que le faisait attendre le cours, et encore davantage le hall d'entrée. Le hall, lui, comme une bibliothèque royale en guise de mine de diamants, mais la dégradation commençait résolument avec le cours. Cette dégradation n'était pas tout de suite apparante à l'âme éblouie. C'était le sol qui dénonçait le lieu. Les pierres ne brillaient pas suffisamment.

La salle, elle, comme n'importe quelle autre. Les chaises et les tables semblent plus neuves qu'à l'IEP - étrange, puisque le bâtiment est sans doute des centaines d'années plus vieux que l'IEP. L'air circule mieux ici. Où la raison pour ce phénomène, serait-elle plutôt le fait qu'on n'est pas pressés et qu'il n'y a pas de mathématiques.

La vision depuis la fenêtre n'est que partielle, il y a comme une brume peinte sur les vitres qui bloque la vision. Même si c'était autrement, demeurerait le fait que dehors, ce ne sont que d'autres bâtiments qu'on aperçoit.

Il y a beaucoup davantage des étudiants de l'IEP à cet atelier que j'avais prévu. Les gens semblent être habillés - ou peut-être ça va sans dire - d'une manière plus bohème qu'à l'IEP, mais ils reflètent une certaine nonchalance. Autant mieux que j'ai, au dernier moment, delaissé l'idée de m'habiller dans mes "vêtements Virginia Woolf" - au moins personne d'autre ne semble avoir fait pareil.

Le tableau est devenu très sympathique dans mes yeux. Je commence à ressentir un peu de nostalgie pour les temps où l'utilisation des tableaux, avec des craies et avec de vraies éponges était courant.

La tâche qui nous a été donnée semble absurde: il n'y a pas de détails dans cette salle! Il faut regarder les choses de plus près, avec davantage d'attention, sans ce voile d'hypocrisie de "sauf les choses qui férocement exigent qu'on les regarde sont dignes de mon attention".  Quand j'y pense, aux détails, c'est surtout la course contre la montre qui me vient à l'esprit. Les activités qui se poursuivent une après l'autre. Et puis, le français, une langue qui n'est pas la mienne par naissance ou nationalité, mais qui ne cesse de m'intriguer. Il y aurait toujours un certain savoir-faire, un certain vocabulaire qui m'échapperait - plutôt le tourner comme ma force? Faire selon la consigne, jouer surtout sur ce que je vois et ce que je conçois plutôt que d'essayer d'être le plus raffiné possible? Sans imiter, je garderai le mémoire du langage de Juste la fin du monde.

Je cherche des détails, je regarde autour de moi, puis je me demande: est-ce que les autres le font aussi? Ou est-ce que c'est aller contre les règles du jeu? Ça demande un petit moment - minimaliste mais un peu désépréré - pour trouver s'il y en a d'autre. Si, si, le garçon au pull blanc - très blanc, d'ailleurs - observe aussi son entourage. Et j'aperçois un ornement curieux, des petites lunettes sur sac marron. Ce qui me renvoie à l'observation que certains objets ne semblent avoir aucun lien avec la personne qui les possèdent, par exemple la trousse en forme de vache Milka.

Finalement, l'absurdité d'un détail - et encore là son omission - me bouleverse: pourquoi il n'y a aucun tableau (pas de Renoir, pas de Polloc, même pas un Delacroix) dans la salle d'une telle université?