1/ Moi, Jimmy Ritty, je trouve que j’ai plutôt de la chance. Quand mes amis me disent qu’ils n’attendent que le jour où ils pourront rentrer dans un saloon, je peux répondre que moi j’y vis. C’est mon père le patron. J’aime bien le saloon. Je n’ai pas le droit de toucher aux bouteilles de whisky mais je peux m’assoir sur le comptoir quand le vieux Joseph Turner raconte ses histoires. Enfin, c’était avant que mon père change tout le monde des gens qui font du commerce, comme il dit. Avec mon oncle John, ils ont passé trois mois dans un hangar à inventer, « pour ne plus perdre d’argent ». Maintenant, ils ont installé une grosse machine qui fait du bruit dans le saloon. A ma place sur le comptoir. Tout ça pour compter de l’argent… En plus, ils ont décidé de fabriquer pleins d’autres machines pour les vendre. Ils me disent que c’est pratique, mais moi, je n’en suis pas si sûr.

2/ Tenir un saloon n’est pas forcément une sinécure. Il y fait sombre, les gens crient, jurent et se battent. Je dois rester derrière mon comptoir, sourire et faire la causette.. Vous avez compris, gérant de saloon n’était pas forcément une vocation. Enfin, ça, c’était avant que je révolutionne le monde du commerce ! Vous me trouvez peut-être présomptueux, alors je vais m’expliquer. J’ai inventé, avec mon frère John, une sorte de caisse à argent, qui enregistre toutes les transactions effectuées dans la journée. Fini les erreurs comptables et l’argent qui disparaît dans la poche d’un employé. Conscient du succès évident que devrait rencontrer notre invention, nous avons décidé d’ouvrir une usine, pour produire ces caisses à cash à la chaîne ! Et c’est là que j’ai eu une révélation. Enfin, que mon fils m’a ouvert les yeux plus précisément. Cette machine, toute pratique qu’elle soit, faisait un bruit d’enfer ! Je n’en pouvais plus. Je l’entendais au saloon, à l’usine, au saloon, à l’usine… Même le soir dans mon lit. J’ai dû faire un choix. Et j’ai compris que je préférais mille fois le braillement d’un être humain à celui d’une caisse en métal rouillée. J’ai vendu mon usine à des hommes d’affaires d’une grande ville. Ils me donnent régulièrement des nouvelles de mon invention, apparemment l’affaire marche plutôt bien. Vous ne me croirez peut-être pas, mais je n’en ai que faire. Le saloon, finalement, ce n’est si mal. Mon fils est d’accord avec moi, il a repris sa place sur le comptoir, et ma machine à cash a atterri dans la cave.

caisse_enregistreuse